ELEONORA DUSE
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“Eleonora Duse”, de Pietro Marcello : le portrait lyrique et politique de la Sarah Bernhardt italienne
Méconnue en France, Eleonora Duse, célèbre comédienne de théâtre italienne, fut instrumentalisée par le fascisme. Un biopic troublant, avec une Valeria Bruni Tedeschi formidable de bout en bout, qui interroge le rapport des artistes au pouvoir.
Eleonora Duse (1858-1924), mythe méconnu en France, c’est la Sarah Bernhardt italienne. Une immense comédienne de théâtre, surnommée « la Duse », que Valeria Bruni Tedeschi, la plus italienne de nos actrices françaises, incarne en toute logique. Sarah Bernhardt y a d’ailleurs droit à une scène, d’autant plus savoureuse que Noémie Lvovsky en est l’interprète : un soir, la féministe dreyfusarde vient en personne voir son amie et rivale jouer sur une grande scène d’Italie. Après la représentation, elle s’empresse de la féliciter mais ne mâche pas ses mots, pour dire tout le mal qu’elle pense de la pièce et de ses partenaires de jeu. Elle incite la star transalpine à exercer son talent dans un théâtre moins poussiéreux, plus moderne.
Si la Duse a connu des succès mémorables, elle s’est aussi fourvoyée et a connu quelques échecs cuisants, qui ne sont pas escamotés ici. Le portrait qu’en tire Pietro Marcello n’a rien d’hagiographique, malgré l’engouement certain qu’il éprouve pour son héroïne. Il la montre dans les dernières années de sa vie, ruinée, quand la tuberculose, qu’elle dissimule comme elle peut, la ronge de plus en plus. Ces épreuves ne l’empêchent pas de s’accrocher à la vie et de se vouer corps et âme à sa vocation de comédienne. Vocation absolue, fiévreuse, aveuglante — dans un mélange de naïveté et de vanité autocentrée, elle accepte l’aide de Mussolini sans saisir l’instrumentalisation. Compatissante auprès des soldats meurtris, terriblement cruelle avec sa fille (Noémie Merlant), elle est un paradoxe vivant.
La boucherie de 1914-1918, la montée du fascisme, son amour avec l’écrivain Gabriele d’Annunzio, autre grande figure pleine de contradictions, sont évoqués. De manière peut-être trop allusive pour les non-connaisseurs de l’histoire italienne. Reste que Pietro Marcello, comme il l’avait fait dans Martin Eden, interroge finement les rapports de l’artiste avec le pouvoir et le monde alentour. Et ponctue son récit de magnifiques trésors d’archives, comme ces images impressionnantes de funérailles nationales où l’on voit un train recouvert de fleurs traverser villes et champs devant une population qui s’agenouille… Le Sarah Bernhardt, la Divine, de Guillaume Nicloux, était pétillant, vif. Eleonora Duse est plus lyrique et poétique. Il offre un écrin idéal à Valeria Bruni Tedeschi, formidable de bout en bout, en élégante comme en femme ravagée, ardente dans la joie et la douleur.
Telerama

