KINDS OF KINDNESS

De LANTHIMOS Yorgos
Coup de Cœur
Réalisation : LANTHIMOS Yorgos
Avec : Emma Stone, Jesse Plemons, Willem Dafoe

Durée : 2h 44min
Genre : Drame
Pays : US, IE, GB

Avertissement : Interdit -12

Synopsis
KINDS OF KINDNESS est une fable en tryptique qui suit : un homme sans choix qui tente de prendre le contrôle de sa propre vie

Réservation : pour acheter votre place à l’avance, cliquez sur l’horaire de la séance

[tableau_seances_combine]

Avec “Kinds of Kindness”, Yórgos Lánthimos joue à “trop bon trop con”

Dans cette anthologie de trois sketches, on retrouve ce qu’on préfère chez Yórgos Lánthimos. Ce retour aux origines ravira ses adeptes et torturera les autres !

 

Hong Chau et Jesse Plemons dans « Kinds of Kindness » de Yórgos Lánthimos.

Attention, un Yórgos Lánthimos peut en cacher un autre ! Tourné aux États-Unis pendant la postproduction de Pauvres Créatures, barnum rétrofuturiste grinçant couronné du Lion d’or à la dernière Mostra de Venise et d’une ribambelle de récompenses ailleurs, Kinds of Kindness fait figure de « petit » film avec son budget de 15 millions de dollars (contre 35) et ses décors et costumes contemporains. Projetée en compétition à Cannes ce vendredi, l’anthologie de trois sketchs témoigne pourtant de la bonne forme du cinéaste grec, que l’on retrouve tel qu’on le préfère : dérangeant sans agitation, débarrassé de ses stridences et lubies – à commencer par ce fichu « fisheye », objectif dont l’effet cul de bouteille commençait à nous sortir par les yeux.

Trois histoires, donc, se succèdent dans ce trop long métrage au titre intriguant – « des sortes de gentillesse », mais encore ? –, in fine archi coton à résumer. Le premier volet, le meilleur, enregistre le sursaut rebelle d’un homme dont tous les choix sont assumés par un autre. Chaque jour, Robert (Jesse Plemons, parfait) reçoit une lettre manuscrite dans laquelle Raymond (Willem Dafoe), son « patron », lui indique ce qu’il doit manger, porter, lire, et même s’il a le droit de coucher avec sa femme. D’autres exigences, plus cruelles, absurdes ou illégales, finissent par poser problème à l’employé modèle. « Tu ne m’aimes pas, note simplement son tyran. Qu’importe. Tu es libre maintenant. » Plans larges, lents travellings pour pénétrer les scènes et la psyché des personnages, gros plans zinzins, petites notes de piano pointues, crispantes et répétitives à la Eyes Wide Shut… Dans le volet suivant, une femme disparue rentre au bercail et suscite la suspicion de son mari flic, persuadé qu’elle est une autre. Le dernier, enfin, qui aurait gagné à être taillé, voit entre moult folies les membres d’une secte boire exclusivement les larmes de leurs gourous.

À chaque fois, le résultat, méchamment bizarre, est livré sans notice explicative. Le travail de Yórgos Lánthimos, de fait, ne captive jamais tant que par l’abîme qu’il ouvre. Libre arbitre, servitude volontaire, domination souriante, foi aveugle, tout est question, ici, à commencer par ce qu’on est capable de faire ou d’endurer par amour. Coscénarisé avec le complice des premières années, Efthimis Filippou, à l’œuvre aussi bien sur Alps (2011) que sur The Lobster (2015) et Mise à mort du cerf sacré (2017), Kinds of Kindness opère un retour aux origines qui ravira ses adeptes (et torturera les allergiques). Bonus : avec le temps, le metteur en scène a gagné en humour – citons, en vrac, une raquette collector de McEnroe, un doigt cuisiné au chou-fleur ou une soirée vidéo classée X. Les rieurs jugeront sur pièce. La trouvaille, c’est d’avoir distribué les mêmes acteurs, telle une troupe, dans des rôles différents. Emma Stone brille évidemment de mille feux, mais c’est Jesse Plemons qui bénéficie le plus de cette triple exposition. (Prix d’interprétation masculine au festival de Cannes !)

Telerama