LAURENT DANS LE VENT

De Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustacho
Réalisation : Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustacho
Avec : Baptiste Perusat, Béatrice Dalle, Djanis Bouzyani

Durée : 1h 40min
Genre : Comédie dramatique
Pays : FR



Synopsis
À 29 ans, Laurent cherche un sens à sa vie. Sans travail ni logement, il atterrit dans une station de ski déserte hors-saison et s’immisce dans la vie des rares habitant·es qu’il rencontre. Quand les touristes arrivent avec l’hiver, Laurent ne peut plus repartir.
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“Laurent dans le vent”, un délicieux film d’altitude sur le besoin de faire lien

Dans une station de ski encore déserte, Laurent ne sait pas trop quoi faire de sa vie, ni avec qui. Ce conte aussi mélancolique que cocasse confirme le talent de ses trois réalisateurs.

 

Baptiste Pérusat, jeune homme un peu perdu, et Béatrice Dalle, étonnante herboriste.

Un sujet crucial depuis les confinements, la santé mentale des moins de 30 ans, nous entraîne, avec ce film d’altitude, dans une surprenante direction, tragi-comique et bienfaisante. Laurent, comme beaucoup de filles et garçons de sa génération, peine à s’adapter à la dureté du monde contemporain. Après une nécessaire parenthèse de soins psychiatriques, le revoilà face à la page blanche de sa vie, et face aux montagnes : un petit appartement lui est prêté, à titre provisoire, avant le début de la saison de ski, afin qu’il reprenne goût au quotidien…

« Dans le vent », se disait autrefois pour signifier « à la mode ». Mais, concernant Laurent (Baptiste Pérusat, au jeu délicieusement funambule), il s’agit plutôt de suggérer la disponibilité totale du personnage aux courants, parfois contraires, qui l’atteignent, selon ses rencontres, dans cette station de sports d’hiver encore un peu déserte. Il y a une ex-voyageuse enracinée, devenue herboriste (Béatrice Dalle, inattendue et convaincante) et son fils vingtenaire, absorbé dans un univers parallèle à la gloire des Vikings ; un jeune photographe marseillais, quelque peu autocentré, qui accueille, un temps, Laurent devant son objectif et dans son lit ; une dame âgée et très malade, seule en son chalet, avec l’envie d’en finir.

Entre Guiraudie et les frères Larrieu

Comme avec le récent film américain indépendant The Sweet East (2024), se dévoile, sur un périmètre restreint, une société radicalement composite, où chacun semble vivre dans une bulle étanche à celle des autres. Mais ici le besoin de liens forts subsiste, se manifeste envers et contre tout, et d’abord chez Laurent, qui avoue, au milieu du film, n’avoir qu’un rêve, « aimer et être aimé ». Les autres ne sont pas en reste et, quand le désir de lien se fait désir tout court, aucune distinction ne s’interpose entre les genres et les orientations sexuelles : Laurent passe, en l’assumant tendrement, des bras d’un homme à ceux d’une femme, au fil de son lent dégel sentimental.

Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon avaient déjà signé ensemble un premier long métrage plus que prometteur, Mourir à Ibiza, en 2022. Cette fois, ils ressemblent, la vallée aidant, à de doux héritiers d’Alain Guiraudie (Miséricorde, sur les attractions imprévues) et des frères Larrieu (Le Roman de Jim, sur la bonté). Aussi accompli par le versant de la cocasserie impromptue que par celui de la mélancolie déchirante, le film garde, jusqu’au bout, une belle part de mystère. À l’image de Laurent, aidant une mourante comme il le ferait pour une sœur, sans qu’on sache avec certitude ce qu’il reconnaît en elle de lui et ce qu’il découvre, innocemment.

Telerama