LE TEMPS DES MOISSONS

De Huo Meng
Réalisation : Huo Meng
Avec : Wang Shang, Zhang Chuwen, Zhang Yanrong

Durée : 2h 13min
Genre : Comédie, Drame
Pays : CN



Synopsis
Chuang doit passer l’année de ses dix ans à la campagne, en famille mais sans ses parents, partis en ville chercher du travail. Le cycle des saisons, des mariages et des funérailles, le poids des traditions et l’attrait du progrès, rien n’échappe à l’enfant, notamment les silences de sa tante, une jeune femme qui aspire à une vie plus libre.

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Le réalisateur chinois Huo Meng signe un film naturaliste imprégné de poésie et de métaphysique, sur les transformations du monde paysan dans la Chine du début des années 1990.

Quatre saisons, quatre générations

Ce troisième film du réalisateur chinois (le premier à sortir dans les salles en France) rend compte, à travers l’histoire de cette famille emblématique, des profonds changements qu’a connus le monde paysan en Chine à partir des années 1980. Réformes agraires avec l’abandon du collectivisme, modernisation des moyens de production (la famille inaugure son premier tracteur, qui remplace le bœuf), exode rural… La communauté doit s’adapter, abandonner un mode de vie ancestral, avec en arrière-plan, la politique de contrôle des naissances, et le départ des forces vives pour la ville.

Huo Meng filme ce monde avec une grande tendresse, avec des images parfaitement composées, dans une mise en scène méticuleuse, qui souligne à la fois la beauté de cette campagne et des gestes accomplis depuis des millénaires, mais aussi l’âpreté de cette vie rude. Les paysans sont soumis aux aléas climatiques, aux coutumes d’un autre âge, aux injonctions d’un pouvoir autoritaire, auquel s’ajoutent les changements à intégrer, souvent en force, comme les campagnes de prospection pétrolière que les autorités opèrent sans aucun égard ni pour les paysages, ni pour les hommes qui les habitent.

Le film saisit ces mouvements sur une année, au fil des saisons, le temps de voir s’imprimer les changements qui s’opèrent sur les paysages, autant que sur les corps. « Filmer à travers quatre saisons et tisser le récit sur quatre générations permet de construire un monde dense et immersif dans lequel les questions sur l’existence et le temps qui passe peuvent se déployer », estime Huo Meng.

Au-delà de sa dimension naturaliste, presque documentaire, le film de Huo Meng fait des échappées dans un registre plus poétique, plus onirique, traduisant des concepts plus abstraits, comme la mort, et transmettant avec une très grande sensibilité les émotions et les sentiments qui traversent les personnages, notamment ceux du petit garçon, un adorable personnage, témoin des bouleversements à l’œuvre pour sa communauté. Cette dimension presque métaphysique du film, distillée avec parcimonie, donne lieu à des envolées cinématographiques à couper le souffle.

La récompense obtenue par Le Temps des moissons à la Berlinale (Ours d’argent de la meilleure réalisation), n’a guère été appréciée par les autorités chinoises, qui regrettent que l’Occident « acclame systématiquement des films qui dénigrent les réformes de la société chinoise ». La production dit avoir subi des pressions pour empêcher la vente du film à l’étranger, et aux dernières nouvelles, aucune date de sortie n’est prévue en Chine.

France Info Culture