LES FANTOMES

De MILLET Jonathan
Sortie Nationale
Coup de Cœur
Caméo
Réalisation : MILLET Jonathan
Avec : Adam Bessa, Tawfeek Barhom, Julia Franz Richter

Durée : 1h 46min
Genre : Drame
Pays : DE, BE, FR



Synopsis
Hamid est membre d’une organisation secrète qui traque les criminels de guerre syriens cachés en Europe. Sa quête le mène à Strasbourg sur la piste de son ancien bourreau. Inspiré de faits réels.
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“Les Fantômes”, la traque hantée et haletante d’un criminel de guerre syrien.

Venu du documentaire, Jonathan Millet ouvre la section parallèle avec un film obsessionnel et sensoriel, dans lequel un réfugié enquête sur son ancien tortionnaire. Adam Bessa y est magnétique.

 

Entre cinéma et espionnage, les correspondances ne manquent pas. Surveiller, suivre, observer sans être vu, n’est-ce pas la position même du réalisateur, caché derrière sa caméra ? Les Fantômes, de Jonathan Millet, film puissant qui ouvre la Semaine de la critique, vient nous rappeler cette évidence. Hamid (Adam Bessa) est un homme dont l’identité et l’activité sont dans un premier temps difficiles à définir. On le découvre en train d’écouter au casque le témoignage terrible d’un prisonnier racontant les séances de torture qu’il a endurées. La victime évoque son tortionnaire dont il ne connaît pas le visage. Hamid est concentré, tout entier dans l’écoute. On comprend peu après qu’il connaît ce tortionnaire pour avoir lui-même subi sa violence. En vérité, Hamid fait partie d’une cellule secrète qui recueille des preuves et traque des criminels syriens cachés en Europe, en vue de leur arrestation et d’un procès.

Ces cellules, méconnues, existent. Jonathan Millet s’est beaucoup documenté à leur propos, a rencontré certains de leurs membres, avant de se décider à en faire un long métrage de fiction, son premier. À l’origine, ce réalisateur vient du documentaire – on se souvient du remarquable Ceuta, douce prison (2013), à propos de migrants à la fois errants et en attente. On pourrait dire qu’Hamid lui aussi est en suspens, tant le film tient du thriller. Haletant. Lancinant et obsessionnel.

Lancé à Strasbourg sur la piste de son tortionnaire, Hamid n’a en effet qu’une idée fixe : observer sa cible au plus près, la filer, encore et encore, pour acquérir la certitude qu’il s’agit de la bonne personne. Sachant que lui non plus n’a pas vu son visage, un doute subsiste. C’est la force indéniable de ce film, tout aussi mental que sensoriel, sollicitant finement l’ouïe et l’odorat. Et laissant un immense champ libre à la « vision », dès lors qu’elle ouvre aussi, fatalement, sur la dissimulation, le cauchemar, la hantise.

Impossible bien sûr de ne pas penser au Bureau des légendes. À ceci près qu’ici Hamid se débrouille avec les moyens du bord. Ce n’est pas un professionnel mais un réfugié lui-même, silencieux, torturé aux sens propre et figuré, mais qui s’accroche pour continuer à vivre, du moins à survivre, en ayant la soif de justice comme salut. C’est ce qui donne au personnage sa dimension à la fois tragique et héroïque. L’enjeu pour un tel rôle était sans doute crucial. En la personne d’Adam Bessa (remarqué dans Les Bienheureux ou la série Ourika), Jonathan Millet a trouvé la perle rare. Un acteur magnétique, qu’on ne se lasse jamais de suivre – le spectateur devenant lui-même pisteur de son visage, masque impénétrable et qui pourtant laisse filtrer une tension, un tumulte intérieur des plus fascinants.

Telerama