LES PISTOLETS EN PLASTIQUE

De MEURISSE Jean-Christophe
Réalisation : MEURISSE Jean-Christophe
Avec : Delphine Baril, Charlotte Laemmel, Laurent Stocker

Durée : 1h 36min
Genre : Comédie
Pays : FR

Avertissement : Avertissement Jeune Public

Synopsis
Léa et Christine sont obsédées par l'affaire Paul Bernardin, un homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille et disparu mystérieusement. Alors qu'elles partent enquêter dans la maison où a eu lieu la tuerie, les médias annoncent que Paul Bernardin vient d'être arrêté dans le Nord de l’Europe…

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Il fondait en 2005 un collectif mordu de théâtre et d’humour, Les Chiens de Navarre. Il poursuit aujourd’hui son projet corrosif, mêlant improvisation et absurde, et présente son troisième film, « Les Pistolets en plastique ».

Notre invité est metteur en scène des Chiens de Navarre, aujourd’hui réalisateur à la rubrique des chiens écrasés. Son troisième film, Les Pistolets en plastique, en salles le 26 juin, accroche d’abord par son titre. Mais pourquoi des pistolets en plastiques ?

Pour dire d’abord que les héros de l’histoire – des enquêtrices amateurs, un misogyne fan de country, un profileur lymphatiques – n’ont rien ce sérieux ; qu’ils ressemblent à des enfants qui jouent sur des scènes de crime. Pour rappeler surtout que l’un des faits divers les plus marquants de ces dernières années, l’affaire Dupont de Ligonnès, est devenu une histoire que l’on se raconte pour se faire peur. Car tout tourne autour de cette affaire et de notre fascination pour le mal.

« On m’a demandé dans l’urgence de trouver un titre, et j’ai un rapport assez obsessionnel aux titres. En parcourant le scénario avec la scénariste Amélie Philippe, on est tombés sur ce terme de ‘pistolets en plastique’, et on s’est dit que ça sonnait vraiment bien !« 

On n’échappe pas non plus à cette affiche, accrocheuse, arborant le visage de Xavier Dupont de Ligonnès vieilli : « ce serait quasiment son visage aujourd’hui. C’est aussi un moyen de le débusquer : peut-être qu’il va porter plainte contre moi, et que j’aurai arrêté Xavier Dupont de Ligonnès avec un film ! »

Trouver le monstre pour en rire

Plus qu’une enquête barrée sur un fugitif, le film raconte notre fascination pour les monstres avec les personnages de Léa et Christine, symboles de notre curiosité morbide. « C’est une façon de parler à nos propres monstres, de ne pas passer à l’acte. Léa et Christine sont une parabole symbolique : elles sont à l’image de nous tous, lecteurs du numéro spécial du magazine Society sur Xavier Dupont de Ligonnès. Cette fascination là est à interroger. Il y a plus de fans de l’histoire de Ligonnès que d’électeurs de Macron !« 

Pour Jean-Christophe Meurisse, c’est aussi la mission du cinéma que de jouir du mal pour l’évacuer : « plus on montre le mal, la violence, les méchants, moins il y en aura dehors. Je crois à cette mission du cinéma. Parce que l’on vit les choses par procuration avec notre imaginaire, et quand on sort de la séance, on se dit : ‘Ce n’est pas moins, ma vie est belle, je ne suis pas un monstre’. »

Sans prendre tout à fait à la légère le fait divers dont il s’inspire, le réalisateur puise surtout dans le registre du mal pour déployer un rire salvateur. « Je crois aux vertus, à la puissance sauvage du rire. C’est notre fusible. J’ai trouvé cela chez Beckett, qui disait que face au pire, il nous reste le rire. C’est mon angle à moi d’opter pour ce rire de résistance. »

Le goût pour les conversations ordinaires

Meurisse a aussi un goût prononcé pour les conversations banales, qu’il veut restituer sans les rendre ennuyeuses. « L’ordinaire dans les dialogues de cinéma ou de théâtre, c’est d’entendre des mots qu’on entendrait pas dans un texte qu’on écrirait, comme ‘Mobalpa’. Le choix des mots est un choix d’images, qui nous renvoie aux problèmes d’aujourd’hui.« 

Pour un ennui de qualité, il faut laisser de la liberté aux acteurs. « C’est un processus qui consiste à laisser improviser les acteurs pour qu’ils s’emparent des scènes, et que cela émane d’eux. C’est par l’inconscient qu’arrivent les mots d’aujourd’hui.« 

Podcast – Jean-Christophe Meurisse, réalisateur : « Ce que j’aime au cinéma, ce sont les conversations ennuyeuses » (37 min)

France Culture