MARCELLO MIO

De HONORÉ Christophe
Réalisation : HONORÉ Christophe
Avec : Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Benjamin Biolay

Durée : 2h 1min
Genre : Comédie
Pays : FR, IT



Synopsis
C’est l’histoire d’une femme qui s’appelle Chiara. Elle est actrice, elle est la fille de Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve et le temps d’un été, chahutée dans sa propre vie, elle se raconte qu’elle devrait plutôt vivre la vie de son père. Elle s’habille désormais comme lui, parle comme lui, respire comme lui et elle le fait avec une telle force qu’autour d’elle, les autres finissent par y croire et se mettent à l’appeler « Marcello ».
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Télérama 13/05/24

Christophe Honoré, vous êtes-vous senti parfois vampire, ou intrus, dans une histoire aussi intime qui n’est pas la vôtre ?
Non, dans la mesure où rechercher mon père défunt grâce au cinéma, et même le jouer, je l’avais tenté moi aussi, peu avant, dans mon film Le Lycéen (2022). Donc, je me sentais proche de Chiara sur ce chemin, tout en veillant à la préparer à la conclusion brutale de Marcello mio, qui vaut pour nous tous : non, on ne ressuscite pas nos morts, on finit plutôt par se cogner contre le réel. La joie des retrouvailles est éphémère, illusoire. Pour raconter tout cela, il faut une très solide amitié de cinéma, et je n’aurais jamais pu proposer ce projet à Chiara avant d’avoir fait six films, et une pièce de théâtre, avec elle…

 

Chiara Mastroianni : Marcello mio est parsemé d’allusions et de clins d’œil à la filmographie de mon père, mais de façon si ludique et si légère qu’on n’a pas besoin de les détecter pour aimer ces passages. J’avoue que l’une des références m’a échappé jusque très tard : une rencontre amoureuse sur un pont, dans la pénombre, inspirée par Nuits blanches, de Luchino Visconti (1957). Or, je n’ai jamais vu ce film, car mon père, sans doute un peu déçu que ce ne soit pas l’un des chefs-d’œuvre de ce grand cinéaste, m’avait tout simplement dissuadée de le regarder…

 

Télérama : Avez-vous pris part à la genèse de Marcello mio ?
Chiara Mastroianni
 : Pas du tout. Mais, quand j’ai joué, en 2022, Le Ciel de Nantes, la pièce de Christophe Honoré sur son enfance et son adolescence, j’ai eu l’impression qu’il me confiait, en quelque sorte, sa tante, cette femme que j’interprétais sur scène, qu’il avait admirée jadis et qui s’est suicidée encore jeune. Après cela, c’était peut-être à mon tour de lui confier mon père disparu, ou, du moins, une idée romanesque de mon père. Car, dans ce nouveau film, tout est écrit, tout est fictif. Christophe m’a interrogée, pendant l’écriture, sur Marcello Mastroianni et sur mes souvenirs d’enfance, mais à partir de mes réponses, il a inventé. Longtemps, je n’ai pas eu la moindre idée de la forme qu’il donnerait à tout ce bazar… Je l’ai seulement encouragé à aller vers la fantaisie.

 

Télérama : Chiara Mastroianni, vous êtes-vous sentie particulièrement exposée en tournant ce film qui peut s’apparenter à un docu-fiction pour vous ?
Chiara Mastroianni :
Jamais je ne me suis sentie aussi protégée au travail que lorsque j’arrivais sur le plateau dans mon costume de Marcello, comme s’il s’agissait d’une combinaison de superhéros. Pour la première fois, j’ai compris ces acteurs qui privilégient les transformations physiques, le grimage… Cela peut donner une grande liberté. En l’occurrence, mon apparence tenait à la fois de l’armure, du sortilège et de l’enchantement. J’avais l’impression d’être hantée, mais d’une façon qui me plaisait. J’ai ainsi osé parler l’italien avec le « r » roulé comme à Rome, comme mon père… Auparavant, les rares fois où j’osais cette prononciation, cela me semblait sonner comme un artifice, une imposture.