PILE OU FACE

De Alessio Rigo de Righi
Réalisation : Alessio Rigo de Righi
Avec : Nadia Tereszkiewicz, Alessandro Borghi, John C. Reilly

Durée : 1h 56min
Genre : Comédie, Western
Pays : IT, US



Synopsis
À l’aube du XXe siècle, le Wild West Show de Buffalo Bill arrive en Italie pour vanter le mythe de la conquête de l’Ouest. Après un rodéo meurtrier et un baiser volé, Rosa et son cow-boy d’amant, Santino, s’enfuient dans la nature italienne, poursuivis par Buffalo Bill. Un western flamboyant au féminin avec Nadia Tereszkiewicz (Les Amandiers, Rosalie) et John C. Reilly (Martin Scorsese, Paul Thomas Anderson, Brian De Palma).

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Le deuxième long d’Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppi est un anti-western amusant et effronté sur le spectacle de Buffalo Bill en Italie et la fuite de deux amants traqués

 

Critique : Pile ou face ?

Il était une fois l’Ouest et il était une fois un film de Robert Altman, Buffalo Bill et les Indiens (1976), où Paul Newman prêtait ses traits au légendaire William Frederick Cody, qui présentait le spectacle itinérant Wild West Show, sur le mythe de la frontière. Le western révisionniste d’Altman proposait une réflexion démystificatrice sur les mythes fondateurs de l’épopée américaine, une idée qui avait également alimenté, la même année, la satire grotesque Touchez pas à la femme blanche ! de Marco Ferreri, où Michel Piccoli interprétait un Buffalo Bill irrévérencieux dans une version surréaliste de la bataille de Little Bighorn tournée dans les caveaux de Porta Maggiore, à Rome. En faisant un autre pas de côté, on arrive à l’anti-western du troisième millénaire  Pile ou face? (Testa o croce?) [+] du duo Alessio Rigo de RighiMatteo Zoppis, tourné parmi les dunes du parc national du Circé, à 100 km de Rome. Le film est en lice dans la section Un Certain Regard du 78e Festival dE Cannes.

Pile ou face? raconte la visite, au début du XXe siècle, de Buffalo Bill à Rome avec son spectacle. Il est ici incarné par un magnifique John C. Reilly, qui jouait déjà le héros d’un autre post-western d’auteur européen, Les Frères Sisters [+] de Jacques Audiard (un nouveau pas de côté). Dans le spectacle, pendant qu’il prélève le scalp du chef indien Main Jaune, l’acteur-héros national exalte la « terre des opportunités » où tout le monde est libre de devenir ce qu’il veut. L’Italie est désormais unifiée et avec l’avènement de la vapeur, les nouveaux patrons sont ceux qui construisent des chemins de fer, comme le préfet Rupè  (Gianni Garko, 90 ans, qui a joué dans de nombreux westerns spaghetti). Son fils despotique, Ercole Rupè (Mirko Artuso), lance un défi à Buffalo Bill : une concours de dressage entre ses cow-boys et les éleveurs italiens. Le gagnant est Santino, un Alessandro Borghi qui s’inspire plus du Terence Hill des westerns spaghetti d’Enzo Barboni que du Clint Eastwood de Sergio Leone, mais quand la jeune épouse française de Rupè, Rosa (Nadia Tereszkiewicz), tire sur son mari et s’enfuit avec Santino, le préfet met à prix la tête de l’éleveur assassin et « kidnappeur ».

Le film, en partie commenté en voix off par Buffalo Bill, chargé de ramener chez elle la dame ainsi que la tête de Santino (littéralement), ce qui rappelle le mythique Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia de Sam Peckinpah, se fait alors picaresque. Rosa est amoureuse de Santino (« il a des yeux lumineux et le cœur léger ») et pense au rêve américain, à rejoindre par voie de mer. Le couple en cavale va cependant encore devoir traverser de nombreuses péripéties. Il rencontre notamment un groupe de révolutionnaires guidé par un argentin en exil (Peter Lanzani), en révolte contre les oligarques (voir Il était une fois la révolution de Sergio Leone). Santino démontre qu’il est un excellent raconteur de ses propres exploits : il s’attribue notamment l’assassinat du méchant patron, et devient malgré lui un héros. Après la classique attaque du train, il finit en prison avec Giovanni dit  Sequin, interprété par Gabriele Silli, qui tenait le premier rôle du premier long-métrage des réalisateurs, La Légende du roi crabe [+]). Il y a une continuité entre les deux films : on y retrouve la même intention, de la part des auteurs, d’hybrider des épopées, traditions et légendes venues des deux côtés de l’océan Atlantique, souvent transmises dans les danses populaires.

Les deux films partagent aussi une même fascination pour les grands espaces à ciel ouvert et la nature. Il y a des séquences splendides, comme la rencontre avec les ramasseuses de grenouilles, qui aveuglent les petits amphibiens avec des miroirs reflétant le soleil. Le chef opérateur Simone D’Arcangelo privilégie la lumière rouge des couchers de soleil qui inonde le visage de l’héroïne. Dissonant et effronté, débordant de passion pour le cinéma comme matière intemporelle qu’on peut manipuler, Testa o croce? amuse tout en nous avertissant que la liberté a un prix et que le pouvoir ne tolère pas ceux qui cherchent à se l’approprier, au risque d’y perdre leur tête.

Cineuropa