PORK AND MILK

De MREJEN Valérie
Réalisation : MREJEN Valérie

Durée : 52min
Genre : Documentaire




Synopsis
Tourné à Tel-Aviv, le film a pour sujet ceux qui, venant de milieux religieux ultra-orthodoxes, ont fait le choix de devenir laïcs. Pour la plupart, cette décision a entraîné une rupture avec la famille, les parents, la communauté, et impliqué la nécessité de se débrouiller seul dans une société nouvelle où tout reste à apprendre.

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Ils vivent à Tel-Aviv et sont issus de familles juives ultra orthodoxes. Ne supportant plus la vie religieuse et les règles rigoureuses de leur communauté, ils ont décidé de renoncer à la religion. Dix personnes témoignent d’une expérience douloureuse, synonyme de rupture avec leur famille, de leurs doutes, de leurs mensonges, de leurs premiers pas dans le monde des laïcs… En choisissant de filmer ses protagonistes à distance et de mettre en scène leurs récits, Valérie Mréjen aborde en douceur un sujet difficile : le renoncement à la religion et aux règles de la communauté. Qu’ils se soient enfuis très jeunes de leur milieu, qu’ils continuent à faire semblant de pratiquer (au point de dissimuler leur visage dans le film) ou qu’ils aient pris conscience tardivement de leurs doutes, les hommes et les femmes rencontrés par la réalisatrice portent en eux un désir incompressible de liberté et une crainte persistante du châtiment. Chacun se souvient de ses premières envies de rébellion, de ses premiers manquements aux règles (faire du patin à roulettes, lire des journaux interdits, faire la fête avec des amis le vendredi soir), chacun exprime sa douleur, provoquée notamment par la rupture avec la famille. Ce récit collectif devient une célébration de la transgression (qu’elle soit religieuse, familiale ou sociale), une ode à la liberté et à son apprentissage difficile.

Arte

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« Pork and Milk » : confessions en rupture avec le fanatisme juif

Valérie Mréjen, artiste et écrivain formée aux Beaux-Arts, est allée à Tel-Aviv recueillir un certain nombre de témoignages de jeunes gens qui ont décidé un jour de rompre avec le fanatisme religieux.

A l’heure où le monde subit les effets terroristes d’un « retour au religieux », Valérie Mréjen, artiste et écrivain formée aux Beaux-Arts, est allée à Tel-Aviv recueillir un certain nombre de témoignages de jeunes gens qui, élevés dans des familles ultra-orthodoxes, ont décidé un jour de rompre avec le fanatisme religieux.

Ainsi s’expriment Shlomi, soldat ne voulant pas montrer son visage, qui a décidé de couper ses papillotes et de mener une vie laïque parce qu’il ne voulait pas se glisser dans un scénario « écrit à l’avance, par Dieu ». David, qui eut la révélation d’un univers sensuel auquel il n’avait pas envie de renoncer en voyant des choses inhabituelles chez lui (par exemple des patins à roulettes). Menahem, issu du courant le plus radical des juifs hassidiques, qui est devenu comédien. Et cet autre Menahem, aujourd’hui cuisinier. Michal, qui ose désormais abandonner la jupe longue pour jouer au rugby. Et cet homme né dans un kibboutz où il était projectionniste, chargé de censurer les scènes indignes. Cet autre qui, même après avoir changé de vie, avait une peur bleue de se mettre au lit avec sa copine…

Tous ont échappé au joug du Talmud qui interdit de manger du porc, des fruits de mer et des poissons à écailles, de mélanger viande et produits laitiers dans un même repas. Tous ont violé la loi du shabbat qui interdit de travailler du vendredi au samedi soir, d’utiliser l’électricité, de monter dans un véhicule, de fumer, faire la cuisine. Tous ont refusé d’« aller vers la réponse » (devenir religieux) pour « aller vers la question » (la quitter).

Juive, séduite par l’individu, le singulier, l’original, ayant choisi « plutôt l’insoumission que le conformisme communautaire », Valérie Mréjen a recueilli ces confessions parce qu’elle se demandait comment elle aurait fait, elle, si ses parents avaient été pratiquants. Pork and Milk prolonge le travail entamé dans ses livres (L’Agrume, Mon grand-père, Eau sauvage, publiés chez Allia), voués à l’autobiographie, à l’exploration d’un langage engendrant le malentendu, la visitation de l’enfance et l’affirmation du besoin d’avoir une chambre à soi. Ils prolongent ses courts-métrages, en particulier Portraits filmés, dans lesquels elle invitait des gens à raconter un souvenir, une anecdote révélant un écart entre l’apparent dérisoire et l’impact de la trace laissée.

UNE PERTE DE REPÈRES

Valérie Mréjen est toute écoute, ne commente pas, fuit le didactique. Elle a un oeil, le goût du plan fixe, bien cadré, de la belle lumière. Elle sait laisser s’installer le silence, et la souffrance. Au fil de Pork and Milk se diffuse une tristesse. Ses interlocuteurs passent insensiblement du bonheur d’avoir osé transgresser les prescriptions religieuses et combattu l’obscurantisme à la mélancolie. S’être affranchi d’un carcan a un prix : le sacrifice de la famille, la culpabilité d’avoir blessé les parents, une perte de repères, le sentiment difficile à évacuer d’être « une menace spirituelle ». La découverte, aussi, que le monde laïque a ses écueils. Regards dans le vague, songeurs, émotion contenue.

Le Monde