RURAL

De Edouard Bergeon
Réalisation : Edouard Bergeon

Durée : 1h 34min
Genre : Documentaire
Pays : FR



Synopsis
Edouard Bergeon (« Au Nom de la Terre ») nous plonge dans la vie de Jérôme Bayle, éleveur charismatique du Sud-Ouest et figure nationale de la ruralité. Avec humour et tendresse, il dresse un portrait sensible de l’agriculture familiale française d’aujourd’hui et de ceux qui se battent pour la faire perdurer.

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« Rural » : le portrait d’un éleveur attachant qui a donné un visage à la mobilisation des agriculteurs

Le réalisateur Édouard Bergeon, lui-même fils d’agriculteur, a filmé durant plus d’un an le quotidien de cet homme engagé et loquace qui a pris la tête de la contestation dans son département de Haute-Garonne.

Dans le monde de l’information prévaut une règle immuable : une actualité chasse l’autre. Jérôme Bayle [prononcer Baïle, il y tient beaucoup] a réussi l’exploit de tenir la rampe médiatique pendant des jours, allant de radios en télévisions, exprimer un peu plus fort que les autres la détresse des agriculteurs français. Il est au coeur du documentaire Rural, à découvrir en salle mercredi 4 mars.

Sa vraie passion, en dehors du rugby, du cyclisme et de la chasse, est la ferme où il vit avec sa mère, surnommée Lulu, et le manque abyssal de son père. Éleveur à Montesquieu-Volvestre, en Haute-Garonne, Jérôme Bayle donne toute son âme à ce documentaire touchant. Il s’y présente comme « agriculteur et président des Ultras de l’A64« , une association asyndicale et apolitique.

Le réalisateur de ce documentaire, Édouard Bergeon, creuse son sillon. Cet ancien journaliste de 43 ans, passé par la rédaction de France 2, tourne des documentaires et des magazines pour la télévision, souvent consacrés au monde des agriculteurs dans lequel il a grandi. En 2019, il est entré au cinéma par la grande porte avec le triomphe inattendu de son premier long-métrage, Au nom de la terre. Ce film, dans lequel Guillaume Canet incarne son père, un agriculteur endetté et dépressif qui s’est suicidé, avait attiré deux millions de spectateurs. En 2024, dans le documentaire Femmes de la terre, il rendait cette fois hommage à sa mère, à sa grand-mère et à toutes les femmes d’agriculteurs.

Édouard Bergeon a eu l’idée de ce nouveau film qu’il qualifie de « cinéma du réel » lorsque le barrage de Carbonne s’est formé sur l’autoroute A 64 reliant Bayonne à Toulouse, fin janvier 2024. Lui et son coscénariste, le sociologue François Puseigle, ont senti que quelque chose d’inédit se jouait dans ce mouvement que les pouvoirs publics n’avaient pas vu venir. De plus, les élections à la Chambre d’agriculture, organisées tous les six ans seulement, approchaient, rendant le contexte d’autant plus intéressant.

Deux pères ayant mis fin à leurs jours

Ceux qui connaissent le travail d’Édouard Bergeon comprendront vite que l’homme qu’il a choisi de suivre, caméra au poing, pendant un an et demi lui ressemble. « On a des hématomes crochus« , dit-il joliment. « C’est une sorte de miroir de moi-même, précise-t-il dans une interview à Franceinfo. On a le même âge, on a des pères qui ont malheureusement eu la même trajectoire et qui ont mis fin à leurs jours tous les deux. On a la même situation familiale, on aime le sport (…). Il a une grande gueule, moi peut-être un peu moins ».

Il le décrit comme un homme franc, extrêmement sensible sous ses dehors bourrus, capable de dialoguer avec tous, y compris ceux avec qui il est en désaccord. Le réalisateur laboure tous les champs du personnage, bien au-delà de sa façade médiatique.

Il n’y a pas de commentaire dans ce film, ce qui peut dérouter au début, surtout si l’on n’a pas suivi attentivement la mobilisation des agriculteurs à partir de l’hiver 2024. Il ne faut pas s’en alarmer car peu à peu les situations s’éclairent et les enjeux germent. Jérôme Bayle apparaît d’abord comme l’homme que toutes les télévisions et les radios s’arrachents. Il est « bon client », expression journalistique signifiant qu’il est à l’aise, concis et clair dans ses propos. Au cinéma, on dira sans doute qu’il crève l’écran.

Le réalisateur montre ensuite la face B, celle d’un éleveur de bovins qui travaille beaucoup, souvent la nuit. Un as du bricolage, aimant chanter à tue-tête dans son tracteur et s’extasier devant les murmurations. Un homme entouré d’amis, célibataire sans enfants, vivant encore sous le même toit que sa mère dans une maison au confort rustique. La truculente Lulu raconte que petit, Jérôme était turbulent et voulait toujours s’imposer. « Ça ressort maintenant« , tacle-t-elle.

Adepte des casquettes et des T-shirts promotionnels, Jérôme Bayle semble se soucier assez peu de son apparence. Ni costume, ni cravate mais une belle chemise à fleurs quand il rencontre les politiques. Dans le film, il apparaît avec Marine Tondelier, François Ruffin, Gabriel Attal ou encore Emmanuel Macron. En visite au Salon de l’agriculture, le président de la République l’appelle par son prénom ; l’éleveur lui dit qu’il va falloir « venir en bas voir la tristesse des agriculteurs. » « On nous a abandonnés pendant trop longtemps« , ajoute-t-il. Il réussira à convaincre Gabriel Attal, tout juste nommé Premier ministre, de faire le déplacement pour discuter avec les agriculteurs en direct, sur le barrage de l’A64 à Carbonne.

Invité par la secrétaire nationale des Écologistes à Toulouse, l’éleveur occitan défend aussi sa vision du métier devant des militants verts : « Je ne fais pas d’agriculture bio mais de l’agriculture raisonnée », dit-il. Il est du côté des locavores et voudrait que les enfants mangent de la viande française de qualité dans les cantines. Une autre séquence, très révélatrice, se déroule dans la permanence de la conseillère agricole. L’éleveur doit déclarer, une à une, l’occupation de toutes les parcelles qu’il cultive pour nourrir son bétail. Son interlocutrice emploie une novlangue, semée de sigles obscurs. Jérôme juge que « c’est devenu une usine à gaz » et comprend « que certains pètent les plombs« . Tous les 15 jours, une photo aérienne est réalisée pour vérifier que les cultures sont bien en adéquation avec les déclarations pour obtenir les aides de l’État. « Sinon, t’es recalé« , conclut-il.

Jérôme Bayle et sa mère dans "Rural", documentaire d'Édouard Bergeon, sorti en salles le 4 mars 2026. (NORD-OUEST)
Jérôme Bayle et sa mère dans « Rural ».

La personnalité unique de Jérôme Bayle, sa vision de la ruralité, ses débats avec les syndicats agricoles suffiraient à rendre le documentaire intéressant. Mais il y a un film dans le film qui lui donne une dimension supplémentaire et beaucoup plus touchante. Elle surgit lorsqu’une jeune femme entre dans le champ. Elle arrive de Moselle pour visiter une maison que Jérôme Bayle met en location, à moins de 2 kilomètres de sa ferme. Affaire conclue. La dame reviendra s’installer peu après avec ses deux enfants, une fille et un garçon.

Une relation forte se tisse alors entre ce grand bonhomme barbu, ancien rugbyman et ces enfants venus d’ailleurs. Nous n’en dirons pas plus pour vous laisser découvrir des images attendrissantes qui disent bien plus que des mots. Des plans qui nous retournent comme le R de Rural sur l’affiche de ce film impressionniste. Un clin d’œil aux panneaux que les agriculteurs ont retournés à l’entrée et à la sortie des villes pour signaler leur colère. Dans le Sud-Ouest, bon nombre gardent encore la tête à l’envers.

France Info Culture

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PODCAST : Rencontre au cœur des colères agricoles, autour du film Rural avec Édouard Bergeon, Jérôme Bayle,François Purseigle, sociologue reconnu du monde agricole,Kevin Puyssegur, éleveur de volailles, membre des Jeunes Agriculteurs des Landes…