UNE FAMILLE

De ANGOT Christine
Réalisation : ANGOT Christine

Durée : 1h 22min
Genre : Documentaire




Synopsis
L’écrivaine Christine Angot est invitée pour des raisons professionnelles à Strasbourg, où son père a vécu jusqu’à sa mort en 1999. C’est la ville où elle l’a rencontré pour la première fois à treize ans, et où il a commencé à la violer. Sa femme et ses enfants y vivent toujours. Angot prend une caméra, et frappe aux portes de la famille.

Réservation : pour acheter votre place à l’avance, cliquez sur l’horaire de la séance

[tableau_seances_combine]

“Une famille”, de Christine Angot : réflexion intense et poignante sur le tabou du viol

Des viols que son père lui a fait subir dès ses 13 ans, ils n’ont rien dit. La romancière, caméra au poing, part à la rencontre de ceux qui savaient dans un puissant documentaire.

 

Toujours en quête de vérité, Christine Angot délaisse la plume pour une caméra.

Romancière médiatique, elle nous surprend à peine en devenant réalisatrice pour se filmer et reprendre le fil de son histoire personnelle, marquée par son père incestueux et développée dans plusieurs de ses livres. Devant une caméra, Christine Angot semble toujours à sa place. Une famille se révèle pourtant un documentaire saisissant, essentiel. Choisir le langage de l’image provoque un choc inédit.

La preuve en est faite d’emblée, avec une séquence tournée à Strasbourg, chez celle qui fut l’épouse du père, mort en 1999. Christine Angot entre de force, en vient presque aux mains avec cette dame bourgeoise qui fait tout pour ne pas perdre ses bonnes manières mais ne veut vraiment pas de la caméra ni de la petite équipe technique. Ses objections sont balayées. « J’ai besoin de me sentir soutenue par des gens qui sont de mon côté ! » crie Angot. Le cinéma est la première réponse à la demande qu’elle va exprimer tout au long de ce film : sortir de sa solitude. Ne plus être isolée avec ce qu’elle a vécu.

L’exigence de vérité

Un lien frappant s’établit spontanément entre cette femme qui veut qu’on en revienne à la réalité des faits, les viols que son père lui a fait subir à partir de l’âge de 13 ans, et la pratique du documentaire, qu’on appelle aussi cinéma vérité ou cinéma brut. L’exigence de vérité est inscrite en Christine Angot tout autant que la brutalité, dont elle n’a pas peur de faire usage verbalement, ce qui lui a été reproché. Une famille est donc un film qui ressemble intensément à ce que l’on sait d’elle et, justement, de son intensité. Ce n’est pas un film où elle se montre, mais où elle se donne entièrement, avec sa force et sa fragilité. Dans l’appartement bourgeois et strasbourgeois, il lui faut rapidement s’asseoir, elle ne tient plus sur ses jambes. Accusée par la femme de son père de faire preuve de violence, elle répond : « Si tu sentais mon cœur, le rythme auquel il bat, tu comprendrais la violence que tu exerces sur moi. »

L’implication que l’on voit à l’écran nous précipite en plein dans le sujet qui ne cesse d’être discuté : l’implication des proches, qui se sont défilés, qui n’ont pas pu faire face à la réalité de l’inceste ou qui ont voulu l’ignorer. Il est encore temps d’être là, leur dit en quelque sorte Angot, en plaçant devant sa caméra sa belle-mère, sa mère, son ex-mari. À leur tour de faire l’expérience de l’épreuve de vérité que permet le cinéma. Le film devient alors un révélateur puissant. Non pas de ce qui a été tu jusque-là, mais du silence qui perdure et a enfermé la romancière dans sa solitude. Car, malgré des concessions, des mots de compréhension, et même malgré les larmes qui viennent à la mère, pleines d’amour, ce que le père a fait à sa fille semble rester dans une autre réalité, indicible.

Une réflexion sur le tabou du viol parcourt ce documentaire qui n’est pourtant jamais un essai. Il relève plutôt du journal intime, notamment parce qu’il est tissé d’extraits de vidéos familiales montrant la petite Léonore filmée, en 1993, par sa maman Christine, souvent avec son papa. Un trouble volontaire surgit de cette vision du passé qui semble parfois évoquer, non pas l’enfance de la fille mais celle de la mère. Comme si la hantise de l’inceste n’avait jamais disparu, ce que suggère ce moment terrible où, accompagnant des images de Léonore sur un manège, la voix de Christine Angot évoque un rêve où elle castre le père violeur. Mais c’est bien de Léonore, aujourd’hui adulte, que viendra, sans ambiguïté, un réconfort. Avec sa caméra et son équipe, la réalisatrice écrivaine passe des douloureux retours en arrière à une réparation possible. Avec le cinéma, elle ouvre un admirable chemin de vie.  Telerama