A PIED D OEUVRE

De Valérie Donzelli
Réalisation : Valérie Donzelli
Avec : Bastien Bouillon, Virginie Ledoyen, André Marcon, Valérie Donzelli.

Durée : 1h 30min
Genre : Drame
Pays : FR



Synopsis
Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n'augure aucune fortune. » À Pied d’œuvre raconte l'histoire vraie d'un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l'écriture, et découvre la pauvreté.

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Après Rue du Conservatoire,(Nouvelle fenêtre) un documentaire dans lequel elle avait filmé une année de travail des jeunes acteurs du Conservatoire national, Valérie Donzelli s’intéresse cette fois à la condition de l’écrivain, dans un film sensible, porté haut par Bastien Bouillon. À pied d’œuvre, prix du scénario à la Mostra de Venise, sort dans les salles le 4 février.

Quand le film s’ouvre, Paul Marquet (Bastien Bouillon), un quadragénaire père de deux grands enfants, est sur le point de changer de vie. Il a abandonné son travail de photographe qui lui assurait de bons revenus. Sa femme, dont il est séparé, part s’installer au Canada avec ses deux enfants, et il va bientôt quitter l’appartement cossu dans lequel il vivait avec sa famille, pour s’installer dans un studio, en entresol et mal chauffé.

Tous ces bouleversements sont le résultat d’un choix. Celui qu’a fait Paul de consacrer sa vie à écrire. Seulement voilà, « achever un texte ne veut pas dire être publié ». Son éditrice (Virginie Le Doyen) lui annonce que son nouveau roman ne convient pas. Les temps sont durs, « les gens veulent rêver ».  

Sans revenus, et bien décidé à garder du temps pour écrire, il s’inscrit sur Jobbing, une plateforme d’offres d’emploi en ligne et commence à vendre sa force de travail à droite à gauche pour un salaire de misère. « Tu n’es pas un vrai pauvre ! », « Pourquoi tu n’écris pas un livre qui marche ? », « Je ne comprends pas pourquoi tu t’entêtes à faire ces boulots de merde », « J’ai peur que tu finisses à la rue »… Si personne, dans son entourage, ne le comprend, Paul, « inaccessible au découragement », persiste et signe. « Ce n’est pas la misère, mais on commence à en avoir une vue bien dégagée », résume Paul.

Après avoir adapté L’amour et les forêts (Gallimard, 2014), le roman d’Eric Reinhardt, Prix Renaudot des lycéens en 2014, Valérie Donzelli porte à l’écran un autre roman, autobiographique cette fois, de Franck Courtès, publié en 2023 aux éditions Gallimard. Dans ce nouveau film, il est question de la précarité, et plus particulièrement de la précarité d’un écrivain.

À pied d’œuvre suit pas à pas le chemin de Paul, qui même dans les moments les plus durs, ne doute pas, ne renonce pas. « Pour lui, c’est l’endroit de sa vérité, c’est sa nécessité. Ce n’est pas une pause, c’est un état », explique à franceinfo Culture Valérie Donzelli, marquée par le souvenir de son grand-père, artiste peintre venu d’Italie, qui a vécu toute sa vie de son art, dans la pauvreté.

« Les écrivains ne vivent pas de leur travail d’écrivain. Il n’y a pas de statut pour les écrivains. Se consacrer à l’écriture, ça prend du temps. L’écriture est quelque chose qui n’a pas de règles. On ne sait pas quand est-ce que l’œuvre va arriver, quand est-ce qu’on va en accoucher. Comme il ne gagne pas sa vie avec l’écriture, Paul est obligé de faire ces petits jobs », souligne la réalisatrice.

Avec beaucoup de délicatesse et de subtilité, le film montre comment la pauvreté, et tout ce qui l’accompagne, s’empare de Paul à grande vitesse, dans sa dimension matérielle et humaine. Une pauvreté qui attaque son corps, et grignote son esprit. « Le sujet du film, c’est peut-être la perte de lien, et le besoin de donner du sens à sa vie, la déshumanisation du monde en général et du travail en particulier. Ce manque d’interlocuteurs, de lien, avec ces espèces de plateformes… Cet hypercapitalisme qui meurtrit le monde et qui n’est pas près de s’arrêter », s’inquiète Valérie Donzelli. Dans les dialogues, dans les regards, le film peint l’image que renvoie l’entourage, et la société en général, à ceux qui vivent dans la précarité, ici en plus de tout le reste avec le reproche d’en avoir fait le choix.

Les petits jobs font entrer Paul dans l’intimité de ses clients, dans leurs maisons. Ces petits moments deviennent un prétexte pour la réalisatrice, qui croque une galerie de personnages, des situations, des tranches de vie, avec un œil tendre. Des moments qui deviendront aussi matière à écrire pour Paul. « C’est un peu une petite palette du monde. Parce que quand il débarque chez eux, Paul les rencontre à des moments clés, avec leur état émotionnel au moment où il est présent », souligne la cinéaste.

France Info Culture