MAGELLAN

De Lav Diaz
Réalisation : Lav Diaz
Avec : Gael García Bernal, Roger Alan Koza, Dario Yazbek Bernal

Durée : 2h 43min
Genre : Biopic
Pays : FR, PT, ES

Avertissement : Avertissement Jeune Public

Synopsis
Magellan, navigateur portugais épris de liberté, se rebelle contre l’autorité du Roi qui refuse de soutenir ses rêves d’exploration. Porté par une soif insatiable de découvrir les confins du monde, il convainc la Couronne espagnole de financer une expédition audacieuse vers les terres mythiques de l’Est. Mais le voyage se transforme en un périple éprouvant : la faim, les tempêtes et les mutineries mettent l’équipage à genoux. Lorsque Magellan atteint enfin les îles de l’archipel malais, l’explorateur idéaliste s’efface pour laisser place à un conquérant obsédé par la domination et la conversion, provoquant des soulèvements violents qui commencent à lui échapper… Ce n’est pas le mythe de Magellan, mais la vérité de son voyage.

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« Magellan » de Lav Diaz : une fresque à la violence et à la beauté sidérantes

À Cannes Première, Lav Diaz reconstitue plusieurs passages des dernières années de la vie de Magellan, navigateur et colon impitoyable rattrapé par son hubris dans un film d’une picturalité époustouflante.

Une première partie en Malaisie, durant laquelle Fernand de Magellan, explorateur portugais au service de la couronne espagnole interprété par Gael Garcia Bernal, voit ses partenaires mourir dans la jungle de Malacca ; une deuxième dans la péninsule ibérique puis sur le navire, avec lequel le navigateur effectue son dernier grand voyage de l’Atlantique à l’Océan Pacifique ; puis une dernière partie dans la région de Cebu, aux Philippines, où Magellan finit par périr sous les flèches empoisonnées des indigènes.

Sur le papier, le film ressemble à un récit d’aventure épique, racontant le voyage d’un homme ayant effectué, avec autant de gloire que de désespoir, le premier tour du monde en bateau. En réalité, il s’agit surtout d’un film de Lav Diaz, soit un film méditatif, majoritairement en plan fixe et assez éloigné des personnages, où les images ultra nettes ressemblent à des tableaux vivants. Même avec une star et un nouveau chef opérateur (Artur Tort, celui d’Albert Serra, Diaz ayant l’habitude de filmer lui-même ses œuvres), le cinéaste philippin reste fidèle à son horizon premier, tirant du voyage de Magellan une dérive picturale jusqu’au-boutiste, avec des figures iconisées à l’avant plan de décors sidérants.

D’un même geste se renverse notre rapport au célèbre explorateur, démystifié et ramené à l’extrême violence coloniale dont il apparaît, sur son bateau comme sur les îles, le principal instigateur – massacrant indigènes et matelots sans sourciller. À partir d’une reconstitution historique chatoyante, Diaz remystifie à l’inverse ce qui se trouve autour de son personnage, magnifiant la jungle, l’océan, les communautés indigènes et le littoral philippin, cher à son cinéma. La place centrale accordée aux paysages traversés par Magellan aura ainsi permis de mettre en scène la mécanique coloniale : la violence impitoyable des hommes au premier plan est motivée par la conquête des territoires, magnifiques, qui se déploient dans le fond des tableaux.

Trois Couleurs