LES RAYONS ET LES OMBRES
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Les Rayons et les Ombres est un film de 3h15 signé Xavier Giannoli, inspiré de la vie de Jean Luchaire, patron de presse collaborationniste, et de sa fille Corinne, comédienne prometteuse dans la France d’avant-guerre. Le récit s’ouvre en 1948, après la condamnation et l’exécution de Jean Luchaire. Sa fille Corinne enregistre son témoignage sur un magnétophone : « Je veux comprendre. » L’histoire bascule alors en flashback, et retrace la lente dérive d’un homme de gauche, pacifiste et humaniste, dont l’amitié avec Otto Abetz — ambassadeur de l’Allemagne nazie en France — précipite la faillite morale. Jean Dujardin incarne Jean Luchaire, aux côtés de Nastya Golubeva dans le rôle de Corinne.
Pierre Murat : « Comment des gens intelligents en arrivent à devenir le pire »
Pour le critique de cinéma, le film tire sa force de la question qu’il pose sur nos propres tourments contemporains : « Dans une France un peu antisémite, décomplexée, des gens engagés, intelligents, de gauche arrivent à nier tout ce qu’ils ont été et, à force de compromissions, devenir le pire de ce qu’ils pouvaient être. » Il salue par ailleurs le regard bienveillant que Xavier Giannoli pose sur le cinéma à travers le personnage de Léonide Moguy, réalisateur qui révèle Corinne Luchaire : « J’aime beaucoup l’idée que Giannoli se fait du cinéma, c’est-à-dire quelque chose de bienfaisant et qui dépasse tout. »
Nicolas Schaller : « Un film sinueux, risqué, mais passionnant, en miroir de notre époque »
Le critique voit dans le film un miroir tendu à l’actualité sur : « tout ce qu’on voit aujourd’hui, de petits arrangements politiques, d’idéologies qui s’effondrent, de gens qui à un moment ont défendu des valeurs et qui les inversent… C’est très pertinent. » Il convoque la comparaison avec Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese : « Il y avait un génocide hors champ… En France, réussir un film qui se veut populaire sur 3 h 15, vous allez les sentir passer parce que c’est douloureux, ça macère dans quelque chose. » Il souligne la performance de Nastia Golubeva : « Là-dedans, émerge une actrice absolument incroyable. »
« Il y a un décalage entre cette voix-off de Corinne Luchère, qui est une voix-off d’auto-justification, et ce qu’on voit. Donc je ne trouve pas que le film soutienne cette auto-justification — au contraire, il creuse là où ça fait mal. » Il note aussi, avec une ironie savoureuse, que le journal de Luchère « n’a jamais intéressé personne, ni dans les années 30 quand il est pacifiste, ni sous l’Occupation où ce sont les Allemands qui le financent. »
Le Masque et le Plume / France Inter

