ROMERIA


Réservation : pour acheter votre place à l’avance, cliquez sur l’horaire de la séance
Une jeune fille part en quête de ses parents, fauchés par le sida à sa naissance. De ses blessures autobiographiques, la Catalane Carla Simón tire un film sur l’absence tragiquement sublime. Illuminé par la présence magnétique de la jeune Llúcia Garcia.

1983. Une jeune femme se raconte en voix off, elle est amoureuse, elle rêve d’avenir et de bonheur en contemplant les îles, face au port de Vigo, en Galice. L’image a la texture un peu trouble des vidéos amateur, l’imprécision mélancolique des souvenirs…
2004, même ville, même baie. Une autre jeune fille est accoudée au bastingage d’un ferry. La peau offerte aux embruns, la frange en bataille, elle sourit au miroitement de l’eau. Marina a 18 ans, elle débarque pour la première fois sur la côte Atlantique, en provenance de l’autre bout du pays, des questions plein ses bagages.
Officiellement, elle vient chercher un document d’état civil. La paperasse qui lui manque pour obtenir une bourse d’études. Officieusement, il s’agit surtout de rassembler les pièces manquantes d’un puzzle familial aussi complexe que douloureux. Les deux parents de Marina sont morts peu après sa naissance, fauchés par le sida, cet invité fatal au grand banquet débridé de la Movida post-dictature franquiste.
Un tourbillon sensoriel et affectif
De sa mère, l’étudiante a gardé un journal intime, rempli de liberté et d’aventures à l’eau salée, mais aussi de shoots d’héroïne et de détresse nauséeuse. De son père, ce fantôme inconnu, elle a tout à découvrir, à commencer par tout un clan bourgeois, d’oncles, de tantes, de cousins, de grands-parents, qui l’accueillent avec plus ou moins de chaleur et de bienveillance… Ces intimes étrangers, la réalisatrice Carla Simón les présente dans une savante confusion de visages et d’éclats de voix, de portraits vite et finement croqués, à travers une balade en bateau à l’aplomb du soleil, dans le huis clos discrètement cruel d’une villa patricienne. Une mise en scène à la fois charnelle, solaire et morcelée, dans la beauté des paysages de Galice, où s’offrent l’odeur de l’iode et la caresse dorée du soleil, mais aussi le froid d’une humiliation, la morsure des non-dits et du mépris social. Un tourbillon sensoriel et affectif, entre réalisme vif et rêverie contemplative, qui colle parfaitement au désarroi de Marina, l’intruse timide qui cherche sa place et ses réponses dans un récit qui se dérobe.
Romería est le troisième long métrage de la cinéaste catalane, mais le second (après Été 93, 2017) à explorer des blessures autobiographiques. Pour incarner son double, tout au long de cette enquête intime sur l’histoire de ses propres parents, elle a choisi une jeune actrice débutante d’un charme et d’une subtilité inouïe. À la table des secrets, la jeune Llúcia Garcia apporte sa vérité, une beauté réfléchie, lumineuse et émouvante, l’intelligence sensuelle de son corps, cette solide promesse de vie issue d’une génération sacrifiée. L’héroïne modeste et inoubliable d’un film magnifique, qui navigue entre deux époques, avec la grâce fragile et opiniâtre d’un grand voilier.
Telerama

