NI VUE NI CONNUE


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“Ni vue, ni connue”, un face-à-face jubilatoire entre Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain
Portrait piquant d’Isabelle Huppert en figurante tenace et passionnée qui n’aurait jamais réussi à percer. Une comédie réjouissante signée Marc Fitoussi.

Mal vue, mal-aimée, mal intégrée : voilà une veine de la filmographie d’Isabelle Huppert qui existe depuis ses débuts, et que fait un peu oublier la femme puissante d’aujourd’hui (présidente de la Cinémathèque française, lauréate du Golden Globe de la meilleure actrice en 2017 pour son rôle de… femme puissante dans Elle, de Paul Verhoeven). Or de La Dentellière, de Claude Goretta (1977), à La Cérémonie, de Claude Chabrol (1995), et au-delà, l’actrice a souvent joué des perdantes, plus ou moins fair-play. La piquante idée du cinéaste Marc Fitoussi (Copacabana, La Ritournelle) est de la faire renouer avec ce profil bas au sein même du monde du cinéma. Son personnage, Corinne Maclou, est, en effet, une éternelle figurante, n’ayant jamais réussi à se faire (re)connaître par le milieu, malgré sa persévérance et sa passion du jeu…
Familière des humiliations réservées à sa catégorie sociale sur les tournages, mais aussi des ruses et ripostes pour atténuer ou contourner de telles vexations, l’héroïne offre une partition réjouissante à l’actrice, car elle est dotée d’une ténacité à toute épreuve. Notamment lors de sa rencontre, sur un plateau, avec la « vraie » Sandrine Kiberlain, bénéficiant, elle, de tous les privilèges et avantages octroyés à une vedette.
Peintures acides et ciselées
Il ne faut pas attendre de cette comédie satirique une attaque virulente contre les hiérarchies du cinéma français, envers lesquelles le scénario reste plutôt révérend. Et il faut surmonter une scène où les liaisons dangereuses des stars avec l’univers du luxe sont dénoncées par Corinne Maclou, donc, indirectement, par une égérie de styliste de mode… Ni vue, ni connue brille davantage par ses portraits acides et ciselés d’interprètes jouant leur propre rôle — ou presque, ou pas du tout.
Dînant au milieu de courtisans, Sandrine Kiberlain déclare avoir « l’oreille absolue », label décerné formellement, raconte-t-elle, par un expert du violon avec qui elle travailla jadis pour un film. On se croirait alors dans un salon proustien, non loin de Mme Verdurin. Plus tard, la même comédienne s’émerveille de devoir, faute de chauffeur disponible, enfourcher un vélo en plein Paris, comme « sur l’île de Ré ». Ailleurs, Anne Marivin, très drôle elle aussi, se plaint de tourner, pour gagner sa vie, une énième série policière, et que les auteurs aient rajouté in extremis une énième disparition de jeune fille pour pimenter l’intrigue…
Au fil des péripéties conduisant Corinne Maclou, malgré (ou grâce à) l’ambivalence de ses nouvelles amies du métier, au bord d’une chance à saisir, le film garde son cap. Il demeure un hommage éclairé à Isabelle Huppert, jusque dans les détails les plus ludiques. Car la carrière prêtée ici à Sandrine Kiberlain, jalonnée de spectacles à succès au Théâtre de l’Odéon, est assurément, en grande partie, celle de sa prestigieuse partenaire… Et la délicieuse astuce visuelle concluant le film en révèle définitivement l’évidente et admirative raison d’être.
Telerama

