CE QU’IL RESTE DE NOUS
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“Ce qu’il reste de nous”, de Cherien Dabis : l’histoire bouleversante d’une famille palestinienne, entre douleur et résilience
Sur trois générations, le destin d’une famille chassée de ses terres après la naissance de l’État d’Israël. Une saga romanesque et politique où se transmettent traumas et force de vie.
est un film dont on ressort ému, bouleversé, mais aussi étrangement apaisé. Non pas que la Palestino-Américaine Cherien Dabis — des deux côtés de la caméra — épargne ses personnages, pris dans la tourmente d’un conflit plus que jamais d’actualité. Mais l’actrice et réalisatrice réussit, à travers cette ample et douloureuse fresque (son second long métrage après Amerrika, en 2009) à faire exister l’humanité de ses héros, d’une manière qui poursuit longtemps le spectateur.
En 1988, en Cisjordanie, des adolescents courent dans la rue, se mêlent à une manifestation contre l’occupation israélienne. Alors que des tirs éclatent, un des jeunes, Noor, paniqué, se réfugie dans une voiture au moment même où une balle traverse le pare-brise. Puis une femme parle, face caméra, à des interlocuteurs invisibles. Elle veut, dit-elle «raconter qui est [s]on fils ». Début et moment pivot d’un récit déchirant, qui évoque l’histoire d’une famille palestinienne sur trois générations.
Entre le début et la fin, c’est un processus de dépossession, d’enfermement, d’incarcération à ciel ouvert que vivent les protagonistes. Tout commence en 1948, à Jaffa, où Sharif (Adam Bakri), producteur d’oranges, sa femme, Munira (Maria Zreik), et leurs enfants se voient expulsés de leur foyer, et de leurs terres, au moment de la création de l’État d’Israël. Trois décennies plus tard, les enfants sont devenus adultes, et le clan est condamné à vivre dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Enfin, retour aux années 1980 et à cette fameuse manifestation où Noor, le plus grand fils, vient d’être grièvement touché par des tirs, et emmené à l’hôpital.
Une cruelle et belle histoire de famille
L’une des scènes les plus insoutenables repose non sur la brutalité physique, mais sur les mots : des paroles qui transforment un père en « traître » et en « lâche » aux yeux de son fils, alors qu’il sont pris à partie par des soldats israéliens pour avoir violé — involontairement — un couvre-feu. La honte coule dans les veines, de pair avec la rage, et irrigue la descendance. Si le film est si fort, c’est parce qu’il résonne avec l’histoire familiale de la réalisatrice, fille d’exilés, qui questionne la manière dont les traumatismes passent des parents aux enfants. Cette transmission de la colère — qui peut s’avérer mortelle — vaut aussi pour la résilience. Le titre du film prend tout son sens, à travers le choix opéré par Hanan (Cherien Dabis) et son mari, Salim (Saleh Bakri), de rompre la chaîne de la violence et de donner un sens à leur souffrance.
Telerama
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