FARGO

De Ethan Cohen et Joel Ethan
Réalisation : Ethan Cohen et Joel Ethan
Avec : William H. Macy, Frances McDormand, Steve Buscemi

Durée : 1h 37min
Genre : Drame, Policier, Thriller
Pays : US

Avertissement : Interdit -12

Synopsis
Un vendeur de voitures d’occasion endetté fait enlever sa femme par deux petites frappes afin de toucher la rançon qui sera versée par son richissime beau-père. Mais le plan ne va pas résister longtemps à l’épreuve des faits et au flair d’une policière enceinte…

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« Fargo » : le meilleur des Coen. Le talentueux duo parvient à synchroniser deux pôles antagonistes, la comédie pure et la série B sordide, avec un casting aux petits oignons.

On pourrait avoir la faiblesse de penser que « Fargo » n’est qu’un bon film parmi d’autres. Banalisé par sa déclinaison en série télé, il a été presque relégué au second rang du panthéon cinéphile des frères Coen pour cause de profusion d’œuvres marquantes plus récentes (« No Country for Old Men », « A Serious Man »). Le revoir a déjà le mérite de remettre les points sur les « i » : c’est un chef-d’œuvre absolu, et sans doute le meilleur Coen à hisser l’art délicat de la terreur absurde à un tel degré de perfection.

Rappelons l’histoire : le vrai-faux kidnapping de l’épouse de Jerry Lundegaard, vendeur de voitures croulant sous les dettes, monté par deux zozos aussi idiots qu’inquiétants dans le calme blanc d’un Minnesota enneigé. Les frangins ont raconté qu’ils avaient tourné « Fargo » dans un esprit d’opposition aux clichés hollywoodiens : la violence s’exerce dans un no man’s land rural et ouaté, la police est incarnée par une aimable femme enceinte jusqu’aux dents, et ce sont de médiocres amateurs et non de super professionnels du crime qui opèrent.

Un oscar pour Frances McDormand

Pour donner vie à ce petit vivarium d’âmes damnées et de justiciers bonhommes, la paire de cinéastes a façonné un casting aux petits oignons. Le mari acculé a les traits droopiesques de William H. Macy qui, grâce à sa performance, s’imposera en valeur sûre du cinéma américain ; les kidnappeurs, ceux de Steve Buscemi et Peter Stormare, deux gueules truculentes des nineties.

Quant à Frances McDormand, compagne à la ville de Joel, elle décrocha l’oscar de la meilleure actrice pour son rôle de fliquette débonnaire. L’autre génie de « Fargo » tient à la manière dont les Coen parviennent à synchroniser deux pôles antagonistes, la comédie pure et la série B sordide, dans une maîtrise de tous les instants.

Qu’il s’agisse de purs morceaux d’anthologie (la sanglante course-poursuite en voiture) ou de simples détails (les réflexes commerciaux dégénérés de Lundegaard qui demande aux ravisseurs de sa femme s’ils sont contents de leur voiture), le film tient cet équilibre infernal jusqu’au bout : plus c’est horrible, plus c’est drôle. Et réciproquement.

Le Nouvel Obs