JULIAN

De Cato Kusters
Coup de Cœur
Réalisation : Cato Kusters
Avec : Nina Meurisse, Laurence Roothooft

Durée : 1h 31min
Genre : Drame
Pays : BE, NL



Synopsis
Fleur et Julian tombent follement amoureuses et décident de se marier dans chaque pays où leur union peut être légalement reconnue. Portées par leur amour et leur engagement, elles s’élancent cœur et âme dans ce projet. Mais après seulement quatre mariages, leur parcours va s’interrompre brusquement…

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“Julian”, de Cato Kusters : l’adaptation inventive du récit de Fleur Pierets sur la puissance de l’amour

La passion bouleversante de l’autrice militante Fleur Pierets pour Julian, son épouse décédée. Un film superbement interprété par Laurence Roothooft et Nina Meurisse.

 

Julian et Fleur projetaient de reproduire la cérémonie de leur union dans chaque pays autorisant le mariage homosexuel (Laurence Roothooft et Nina Meurisse).

En 2012, l’artiste et écrivaine Fleur Pierets épouse sa compagne, l’océanographe Julian P. Boom, à Bruxelles. Cinq ans plus tard, les deux femmes se lancent dans une performance artistique et politique hors norme : se marier de nouveau, symboliquement, dans chacun des pays qui ont légalisé le mariage entre personnes du même sexe — au nombre de vingt-deux alors, et désormais de trente-huit, comme le précise le générique final du premier long métrage de Cato Kusters. Le « projet 22 » ne comportera hélas que quatre étapes : après la cérémonie à Paris, un cancer généralisé est diagnostiqué à Julian, qui meurt le 22 janvier 2018.

Dans le beau récit de Fleur Pierets, traduit en français l’an dernier, l’issue tragique de ce tour du monde militant était annoncée dès la première page. La jeune réalisatrice choisit également de la suggérer très tôt dans sa narration : il s’agit moins, ici, de chroniquer un combat politique que de célébrer la puissance de l’amour, y compris par-delà la mort. Si Julian commence le plus classiquement du monde par la rencontre — un bref échange de regards et, soudain, les yeux de l’une qui ne peuvent se détacher de la nuque de l’autre —, le récit alterne ensuite entre les époques sans continuité chronologique, la période du deuil s’intercalant par exemple entre la progression de la maladie et le retour aux jours heureux.

Nina Meurisse une nouvelle fois prodigieuse

Sur le plan esthétique aussi, Julian revendique une forme patchwork, qui mêle avec harmonie plans fixes composés avec soin et vraies-fausses vidéos amateurs dans lesquelles les deux amoureuses se filment l’une l’autre avec un Caméscope aux images tremblées. La (relative) simplicité du dispositif n’empêche pas de superbes idées de cinéma. Ainsi, Cato Kusters préfère-t-elle montrer Julian répéter maladroitement son discours de mariée plutôt que de s’appesantir sur la cérémonie proprement dite — avec un potentiel d’émotion décuplé. Impossible de ne pas tomber amoureux à son tour du couple formé par la prometteuse Laurence Roothooft (Julian) et Nina Meurisse (Fleur), une nouvelle fois prodigieuse : peu d’actrices peuvent être aussi bouleversantes dans la passion comme dans la retenue.

Telerama