L ILLUSION DE YAKUSHIMA
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“L’Illusion de Yakushima”, de Naomi Kawase : balade sensorielle et sensible à Kobe
Corry, experte française en greffes cardiaques, apporte son aide dans un service pédiatrique à Kobe, alors que la culture japonaise se montre particulièrement réticente au don d’organe. Un film contemplatif et engagé.

Elle fait toujours un peu les mêmes films, comme si le cinéma se composait, pour elle, de quelques éléments tranquillement immuables, familiers et fascinants à la fois. C’est en toute harmonie que Naomi Kawase nous livre sa nouvelle composition, où elle mêle la sensibilité féminine, la nature et la question plus ardue, chez elle, des liens affectifs. Comme dans Voyage à Yoshino (2018), avec Juliette Binoche, mais pour un meilleur résultat, la Japonaise invite dans son pays une actrice européenne, Vicky Krieps.
Quelques scènes suffisent pour introduire Corry, experte en greffes cardiaques, qui apporte son aide dans un service pédiatrique, à Kobe. Elle est venue aussi rencontrer des arbres, les étreindre dans la forêt exceptionnelle de l’île de Yakushima. Où le désir va la rapprocher du mystérieux Jin, personnage né de l’envie de l’autrice d’aborder le sujet des disparitions volontaires au Japon.
La fiction et une réalité parfois presque documentaire sont prises dans un même mouvement léger, une sorte de balade volontiers sensorielle au milieu de différentes vies entre lesquelles l’observatrice Corry fait le lien. C’est bien la présence si particulière de Vicky Krieps qui donne sa cohérence à L’Illusion de Yakushima : par sa grâce un peu rêveuse, un peu mélancolique, la comédienne trouve un équilibre parfait entre un certain détachement contemplatif et une forme pudique d’attachement face aux enfants hospitalisés.
Elle sait aussi faire passer, de façon plus terre à terre, la vérité statistique que Corry est là pour combattre : à cause d’un rapport différent à la mort, les dons d’organes sont beaucoup trop rares au Japon. Soudain très investie dans cette cause, comme son héroïne, la réalisatrice prend parti, montre, à travers l’histoire de parents qui acceptent de donner le cœur de leur fils, comment surmonter le tabou de la greffe peut être beau. Le film, sous sa séduisante douceur, cache des émotions vives.
Telerama

