LE CORSET




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Après avoir travaillé chez Pixar sur Wall-e et Là-haut, puis co-réalisé avec Alexandre Astier les deux volets animés d’Astérix : Le Domaine des Dieux et Astérix : Le Secret de la potion magique, Louis Clichy signe avec Le Corset son premier long métrage personnel. Présenté à Un Certain Regard, ce récit initiatique profondément intime impressionne autant par sa splendeur plastique que par la délicatesse avec laquelle il aborde l’enfance, le corps et les dysfonctionnements familiaux.
Dans une Beauce rurale en pleine mutation, Christophe, 11 ans, commence à perdre l’équilibre et doit porter un imposant et encombrant corset métallique. Entre les difficultés économiques de la ferme familiale, un père « de son époque », taiseux et autoritaire – et bien sûr incapable d’exprimer ses émotions – et la découverte de la musique grâce à un organiste bienveillant, le garçon tente de trouver sa place dans un monde qui semble constamment se dérober sous ses pieds.
Puisant largement dans sa propre enfance – le cinéaste a lui-même porté un corset et grandi dans une famille d’agriculteurs en Beauce – le film transforme les réminiscences intimes en un poignant récit d’apprentissage parvenant à faire cohabiter naturalisme social et échappées à la lisière du fantastique. Lorsque Christophe vacille, le monde entier semble basculer avec lui : les horizons se penchent, la gravité se dérègle, et les corps et objets s’envolent. L’animation devient alors un formidable outil de mise en scène émotionnelle, qui offrira parmi les plus mémorables séquences d’un long-métrage visuellement splendide.
Réalisé à l’encre de Chine et à l’aquarelle, il déploie des images d’une beauté sidérante, où les grands ciels de Beauce et les réserves de blanc donnent au moindre paysage une dimension presque spirituelle. Loin d’édulcorer le monde paysan, Clichy raconte la rudesse du travail agricole et ses impératifs météorologiques et économiques, mais aussi les frustrations et les non-dits. Dans cette famille, personne ne semble capable de formuler un “je t’aime”, « je suis inquiet·e » ou “j’ai de la peine”, alors tout passe par les actes, souvent maladroits.
Le film trouve également une grande justesse dans sa manière de filmer l’adolescence naissante. La relation entre Christophe et Clara, jeune fille plus âgée et insaisissable, évite constamment les clichés pour devenir le lieu d’un éveil sentimental fragile, parfois cruel. La musique d’orgue accompagne cette métamorphose intérieure avec une puissance inédite et remarquable. Bien qu’un peu débordant dans ses intentions ou ses motifs symboliques, Le Corset conserve pourtant une sincérité et une ampleur émotionnelle assez exceptionnelles. Car derrière son apparente simplicité se cache un film profondément habité, sur la honte du corps, la transmission empêchée et le désir d’émancipation. Un grand film d’animation français, qui a tout pour renverser les cœurs.
Le Bleu du Miroir

