LE VERTIGE
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“Le Vertige” : Quentin Dupieux agace, ricane… mais fait encore mouche
Film d’animation en mauvaise 3D, façon jeu vidéo des années 90, le dernier objet filmique non identifié de Dupieux moque notre addiction aux écrans. Avec Alain Chabat et Jonathan Cohen en prophètes de l’apocalypse techno.
Toujours à la lisière de l’escroquerie, du je-m’en-foutisme élevé au rang d’artisanat, intégrant sa propre critique et une certaine conscience de sa vanité, le cinéma oulipien de Quentin Dupieux tantôt nous agace, tantôt nous fait rire. C’est encore le cas avec Le Vertige, son premier film d’animation et l’un de ses deux mini-longs métrages (une heure sept pour celui-ci) présentés au Festival de Cannes, en mai dernier. Comme d’habitude, l’intrigue, ou plutôt l’absence d’intrigue, semble avoir été générée par une IA en état d’ivresse : Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer que le monde réel serait, selon ses observations, un simulacre. La vie est un songe, la suite, donc…
Dans la caverne de Dupieux, maître ès hallucinations, les Alain Chabat et Jonathan Cohen de chair et d’os ont été remplacés par des avatars en mauvaise 3D façon jeu vidéo du siècle dernier, avec moult bugs et mouvements saccadés. À l’heure où l’intelligence artificielle permet de faire courir Brad Pitt derrière un dragon en rut et vice versa, cette esthétique faussement archaïque fait un bien fou. Tournées en prise de vues réelles, les images ont été passées dans un logiciel pour être transformées en 3D par cinq étudiants en animation qui méritent d’être cités : Yann Roussel, Max Nicolas, Rémy Alleman, Solane Duval et Léo Pouliquen. Ce Matrix de Prisunic nous tend évidemment un miroir à peine déformé et se moque de notre addiction à ces écrans dont on caresse la surface à longueur de journées en pensant voir la réalité. Sans épargner les sinistres milliardaires embusqués derrière eux, qui tirent les ficelles et les marrons du feu.
Telerama

