LES SURVIVANTS DU CHE


Réservation : pour acheter votre place à l’avance, cliquez sur l’horaire de la séance
Avec Les Survivants du Che, Christophe Réveille rejoue l’incroyable fuite des compagnons du révolutionnaire argentin, poursuivis par quatre mille soldats à la suite de l’exécution du Che en Bolivie. Un documentaire aux allures de western, qui mêle images d’archives rares, animations et interviews exclusives des survivants, soixante ans plus tard. Par Quentin Convard
Figure mythologique voire christique de la révolution et de l’anti-impérialisme, le Che aura été l’icône politique de la gauche la plus puissante du XXIe siècle aux côtés de Salvador Allende ou Thomas Sankara. Et, contrairement à ces deux derniers, il aura aussi été une sacrée icône cinématographique. Antonio Banderas, Gael Garcia Bernal, Benicio del Toro, Omar Sharif… Ils ont été nombreux à l’interpréter à l’écran. Mais aussi mythique soit-il, le Che n’a pas fait la révolution tout seul. C’est ce à quoi s’attèle Christophe Dimitri Réveille dans son documentaire : raconter le destin des quelques combattants qui ont survécu à Ernesto Guevara, raconter ceux qui ont porté sur leurs épaules cet échec de la révolution continentale.
Bolaño, Marquez et Peckinpah
Fort de son succès dans son pays, le Che veut exporter la lutte dans les pays du Sud. Par où commencer ? Le choix se porte sur la Bolivie, dont la révolte prolétaire devait rayonner sur le reste de l’Amérique latine puis, à terme, sur tous les pays du Sud. Mal préparée, lâchée par le parti communiste bolivien, incomprise des paysans sur lesquels leur tactique repose, traquée par la CIA, l’expédition bolivienne tourne rapidement au cauchemar. Le Che est blessé, capturé puis exécuté dans une école d’un village. Ses hommes sont tous décimés. Tous ? Non, une poignée d’irréductibles combattants résistent toujours. Ils sont six survivants : trois Cubains, compagnons de longue date du Che, et trois révolutionnaires boliviens, dont Inti Peredo, figure de la lutte du pays. Coincés dans les montagnes, secoués par la mort du leader, blessés, affamés, les six hommes entreprennent alors de rentrer à Cuba. Soit une fuite de 2 400 kilomètres avec toute l’armée bolivienne pilotée par les États-Unis aux basques.
C’est à cette fuite que Christophe Dimitri Réveille a décidé de consacrer son film – en s’appuyant sur le livre du même nom, écrit par l’un des survivants. Aidé de Vincent Lindon à la voix off et de séquences d’animation sobres et réussies pour illustrer le récit, le documentariste laisse surtout la place à ceux qui ont vécu cette aventure. Les guérilleros, bien évidemment, mais également l’agent de la CIA qui les pourchassait, les militaires qui leur tiraient dessus, les militants communistes boliviens ayant aidé à la fuite… Rares sont les documentaristes qui manient aussi finement le suspense, qui contextualisent aussi discrètement et efficacement l’action, qui savent distiller l’émotion tout en informant sans que cela ne paraisse trop lourd ou didactique. On en ressort avec l’impression d’avoir assisté au western fou que Sam Peckinpah aurait rêvé de faire. À un survival élégant aux dialogues ciselés et aux gunfights intermittents chers à Tarantino. À une lecture d’un livre mélancolique et optimiste teinté de surnaturel écrit par Bolaño le Chilien ou Marquez le Colombien. Les Survivants du Che ou la révolution après la défaite.
SoFilm

