SALVATION
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Dans le Sud-Est de la Turquie, deux communautés voisines se disputent un territoire, jusqu’à la folie génocidaire. Un film gorgé de fantastique et de western et une nouvelle réussite d’Emin Alper.
Film après film, Emin Alper s’impose en cinéaste qui compte. Après la sélection du thriller Burning Days à Un Certain Regard à Cannes en 2022, Salvation a reçu en début d’année l’Ours d’argent au festival de Berlin. Un prix remis par le président du jury Wim Wenders, qui avait déçu pas mal de monde en déclarant en ouverture de la manifestation que le cinéma se devait de « rester en dehors de la politique ». Pourtant, dix jours plus tard, son palmarès exprimait exactement le contraire. Car Salvation est clairement un film qui a des choses à dire sur la politique. Et qui les dit – c’est pour ça qu’on lui donne des prix – de manière totalement cinématographique.

Si Emin Alper s’est inspiré pour Salvation d’une tragédie bien réelle (un massacre survenu dans un village du Kurdistan turc, en 2009), le cadre westernien de son film, quasi mythologique, lui donne d’emblée une dimension universelle. Deux communautés rivales se regardent ici en chiens de faïence. L’une vit dans un village perché sur une colline, l’autre dans la vallée, en contrebas. Bientôt, les habitants d’en haut, qui s’estiment lésés économiquement, vont être hystérisés par le chef d’une organisation paramilitaire s’improvisant leader religieux.
Alper entend interroger le fanatisme, la violence génocidaire, jusque dans ses ressorts les plus indéchiffrables. Alors il plonge dans l’irrationnel, dans les rêves délirants de ses personnages, lors de scènes à la lisière du fantastique, où le fascinant entrelacs de ruelles du village qui lui sert de décor vire au dédale mental. C’est un cinéaste aussi doué pour faire ressentir la concrétude du monde qu’il dépeint, ce territoire de roches et de poussière, que sa dimension secrète, onirique, quasi hallucinatoire. Un cinéaste qui compte, oui.
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