SAUVONS LES MEUBLES


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“Sauvons les meubles”, de Catherine Cosme : une comédie dramatique d’une finesse exquise
De retour dans le Sud, une citadine tente de renouer avec sa mère mourante et endettée jusqu’au cou. Un premier film drôle et gracieux sur un sujet grave, porté par les formidables Guilaine Londez et Vimala Pons.

Lucile, photographe parisienne chic et abrupte, interrompt une séance photos avec Benoît Hamon pour répondre, comme elle dit, à un « call ». Cet appel de son frère, Paul, la ramène dans sa maison d’enfance d’un village du sud de la France, au chevet de sa mère. Colette va bientôt mourir, même si elle-même refuse de l’admettre et que sa première réaction est d’engueuler sa fille pour cette visite impromptue.
Entre des coups de fil incessants et tendus et des tentatives de conversation avec son père dont les appareils auditifs n’ont plus de piles (Jean-Luc Piraux, un poème en vieil homme lunaire et démissionnaire), Lucile découvre aussi que Colette, couverte de dettes, a usurpé son identité pour contracter encore d’autres prêts. La consternation se mêle au chagrin, et il ne reste que peu de temps à cette mère et cette fille qui n’ont jamais su se parler pour régler leurs comptes…
Il y a des films qui parviennent à être exactement dans la vérité des sujets les plus graves et, qui plus est, avec une grâce qui n’exclut pas la fantaisie et l’humour. Ce premier long métrage de Catherine Cosme, grande cheffe décoratrice récemment césarisée pour L’Inconnu de la Grande Arche, de Stéphane Demoustier, est de ceux-là, bijou d’écriture qui dessine les contours universels de tant de familles à partir d’une histoire autobiographique.
La mort et la manière dont chacun l’appréhende
Dans Sauvons les meubles, en moins d’une heure trente, tout est dit de la mort qui vient et de la manière dont chacun l’appréhende, dans la colère, le déni ou la consolation, entre la pénombre d’une chambre où tout le monde défile autour de la mère et le soleil extérieur d’un jardin en friche où les cigales chantent, indifférentes. La nièce de Lucile se déguise avec les perruques de sa grand-mère, l’infirmière (Ophélie Bau, toute de bonté lumineuse), dans sa robe à fleurs, apporte un soutien serein que ses propres enfants, accablés, ne peuvent offrir à leur mère pudique et donc revêche avec eux.
Et puis, il y a ce surendettement, parfaitement expliqué, dont l’ampleur est telle qu’un comique absurde s’invite, entre deux moments de furieuse tristesse. Ainsi cette scène délicieusement cocasse et réglée comme du papier à musique dans la petite boutique de prêt-à-porter, dorénavant fermée, de Colette : alors que le frère (Yoann Zimmer, tout en compréhension) et la sœur découvrent un tas de courriers de sociétés de crédits — dont une partie au nom de Lucille —, une cliente sans gêne rafle une dizaine de robes en remboursement de l’argent qu’elle avait, elle aussi, prêté…
Quelques mots d’amour essentiels
Comment peut-on, ainsi, tomber des nues, méconnaître la situation financière de ses propres parents ? Il suffit d’être une transfuge de classe qui, comme Paul le reproche à Lucile, a été trop occupée « pour prendre des nouvelles ». Mais aussi d’avoir une maman qui a coulé à force de vouloir garder la tête haute, et hors de l’eau… Dans ce rôle, Guilaine Londez est impressionnante de fierté blessée, visage trop longtemps fermé devant l’adversité, et qui peine à sourire une dernière fois.
Face à elle, il y a la pétulante Vimala Pons, une Lucile tour à tour snob, juchée sur ses sandales à plateforme branchées que des commères du village prennent pour des « chaussures orthopédiques », rageuse d’être incapable de tendresse, et comme en suspension, en attente d’une réconciliation nécessaire… Qui aura lieu, grâce à son don pour la photo, et quelques mots d’amour essentiels enfin dits. Alors, une fille comprendra ce qu’elle doit à sa mère, et qu’aucun huissier ne pourra jamais lui confisquer.
Telerama
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