SHANA

De Lila Pinell
Réalisation : Lila Pinell
Avec : Eva Huault, Noémie Lvovsky, Inès Gherib, Anaïs Monah

Durée : 1h 20min
Genre : Drame
Pays : FR

Avertissement : Avertissement Jeune Public

Synopsis
Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s’accumulent !
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Après avoir cosigné plusieurs documentaires dont Kiss & Cry avec Chloé Mahieu, puis obtenu le Prix Jean Vigo pour le moyen métrage Le Roi David, Lila Pinell poursuit avec Shana un compagnonnage artistique et humain de près de quinze ans avec la comédienne Eva Huault. Découverte enfant lors d’un tournage documentaire, cette dernière est devenue au fil du temps la matrice même d’un personnage que la cinéaste désirait encore observer, réinventer et accompagner. Cette proximité irrigue chaque plan de ce premier long métrage présenté à la Quinzaine des Cinéastes. Elle en constitue à la fois la principale force et, paradoxalement, sa limite.

Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie inépuisable. Entre un compagnon toxique fraîchement sorti de prison, des difficultés financières chroniques, une famille dysfonctionnelle et la santé fragile de sa grand-mère dont elle hérite d’une bague, la jeune femme avance à l’instinct, portée par une vitalité qui semble défier tous les déterminismes. Eva Huault embarque immédiatement les spectateur·ices. Derrière sa gouaille, ses colères et ses maladresses affleure une vulnérabilité qui empêche constamment le personnage de se réduire à une figure de cinéma social parmi d’autres.

À cet égard, Shana évoque parfois Diamant brut d’Agathe Riedinger : même attention portée à une héroïne populaire, même volonté de filmer une jeune femme souvent jugée avant même d’être regardée, même refus du mépris de classe. Mais là où le film de Riedinger trouvait dans son obsession du regard et de la représentation un véritable moteur dramatique, Shana semble davantage se satisfaire de la chronique.

Shana

Pourtant, la matière ne manque pas. Le film aborde l’emprise amoureuse, les violences symboliques de classe, la transmission familiale, l’identité juive séfarade, l’héritage migratoire ou encore les diktats qui pèsent sur les femmes. La relation entre Shana et sa mère, interprétée par Noémie Lvovsky, est d’ailleurs l’une des plus engageantes. Derrière les reproches permanents, les comparaisons entre sœurs et les blessures jamais refermées apparaît un passif familial plus complexe qu’il n’y paraît, où l’abandon subi par Shana et l’inversion des rôles entre sa mère et elle continuent d’empoisonner leurs rapports. Mais ces pistes restent souvent à l’état d’ébauche.

Le film trouve finalement ses plus beaux moments dans les espaces de sororité qui entourent son héroïne. Avec ses amies, ses cousines ou certaines figures féminines de sa famille, Shana cesse un instant de lutter contre le monde pour simplement exister. Lila Pinell filme alors des corps, des voix, des éclats de rire et des solidarités fragiles avec une tendresse communicative. Attachant, vivant et porté par une révélation évidente en la personne d’Eva Huault, Shana laisse néanmoins l’impression d’un film qui effleure ses enjeux sans jamais les affronter pleinement. Comme son héroïne, il est constamment en mouvement. Mais ce mouvement finit parfois par tourner en rond.

Le Bleu du Miroir