SILENT FRIEND




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Plénitude, calme et audace
Idikó Enyedi est cette réalisatrice hongroise au parcours atypique, révélée dès son premier long métrage, Mon XXe siècle (Caméra d’or au festival de Cannes 1989), mais qui avait disparu des radars pendant pas mal d’années avant de revenir dans la course, avec Corps et Âme (2017) et L’Histoire de ma femme (2021). Sa personnalité singulière saute aux yeux dans Silent Friend, construit sur trois histoires distinctes, mais qui entretiennent un même amour pour la science et la botanique. Un neuroscientifique hongkongais (Tony Leung, l’inoubliable acteur d’In the Mood for love), qui travaille sur le cerveau des bébés, est invité dans une université allemande. Près de son logement, il découvre, fasciné, un majestueux ginkgo centenaire sur lequel il tente une expérience, en branchant dessus un arsenal d’électrodes. En 1908, une jeune étudiante brillante, la première à entrer dans une université pour étudier la botanique, doit affronter la misogynie du corps enseignant. Elle commence en parallèle à pratiquer une forme de photographie pionnière. Enfin, en 1972, un étudiant venu de la campagne découvre le pouvoir phénoménal d’un géranium.
Plénitude, calme et audace sont alliés pour susciter la magie de cette fiction. Qui prend son temps pour observer, spéculer, contempler, s’étonner. Entre l’étude et l’art, la science et l’anthropologie, Silent Friend est un film étrange qui célèbre la complexité des arbres, des plantes et des fleurs, envisagés comme des organismes non seulement doués de vie mais aussi, peut-être, de raison et de sentiments.
Ils interagissent avec les humains en tout cas. Qui en apprennent sur eux-mêmes. Leçon de modestie teintée de cocasserie, le film est un éloge de la curiosité, de l’expérimentation, tendues vers l’inconnu, porteur de vertu. Une femme, un immigré mal vu (Tony Leung a fort affaire avec un gardien de parc raciste), un rural brocardé par des citadins : c’est tout un rapport à autrui qui est joliment repensé à partir du ginkgo et des fleurs, mises en beauté à travers un florilège d’images grossissantes. Où leur éclosion est spectaculaire. En termes plastiques et chromatiques, Silent Friend est sans doute ce qu’on a vu de plus surprenant dans cette édition 2025 de la 82e Mostra de Venise. Silent Friend réunit pas mal d’atouts pour, lui aussi, faire partie du palmarès.
Telerama

