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La trilogie “Wives”, d’Anja Breien, trois femmes en trois chapitres, de retour en salles
Avec ses trois longs métrages, tournés chaque fois à dix ans d’intervalle, la réalisatrice norvégienne accompagne avec grâce ses trois héroïnes, à trois âges charnières.

Trois amies se retrouvent à 30, 40, puis 50 ans et font le bilan de leur vie, lors de fugues éphémères. Ici, le premier volet, de 1975.
Ne dites pas à Anja Breien qu’elle réalise des films de femmes ! Elle vous ferait la même réponse que sa consœur hongroise, Márta Mészáros : « On ne demande jamais aux réalisateurs masculins pourquoi ils s’intéressent aux hommes. Pourtant, on me demande toujours pourquoi je choisis des femmes pour mes films ! » Réalisatrice de la nouvelle vague norvégienne, Anja Breien, avec sa trilogie Wives (1975, 1985, 1996) choisit simplement de montrer des femmes entre elles, le temps d’une brève virée aussi libre que désordonnée, répétée trois fois à dix ans d’écart. Et ces films passent haut la main le test de Bechdel, ce fameux indicateur du sexisme dans la fiction : pour le gagner il faut que dans un film au moins deux femmes se parlent, et de sujet sans rapport avec les hommes. Mais tout n’est pas si catégorique chez Breien ! Si Kaja, Heidrun et Mie, ses héroïnes du quotidien — trois actrices lumineuses —, se parlent effectivement de leur vie, de leurs inquiétudes et envies, elles reviennent souvent aux hommes, maris ou amants, la grande affaire… D’œuvre en œuvre, Anja Breien creuse la question de la condition féminine, et les hommes y ont une partition à jouer.

Dans le premier opus, trois amies de lycée se retrouvent à 30 ans, après une soirée d’anciennes camarades. Un peu ivres, elles décident de ne pas rentrer chez elles, d’oublier mari et enfants le temps d’une escapade qui se veut insouciante. Et même si elles sont vite rattrapées par leurs angoisses, elles profitent de ce temps suspendu. « On ne va pas s’arrêter ici ! » déclarent-elles à la fin du film. Pari tenu, on les retrouve, dans Wives, dix ans après, en pleine crise de la quarantaine. De nouveau en fugue éphémère, ces « révoltées du foyer » boivent, draguent, s’engueulent, se réconcilient, comme les mecs de Husbands, le film de Cassavetes qui a inspiré Breien ! Même cruauté des rapports, même éloge de l’amitié. À 40 ans, une urgence se fait sentir, celle de profiter encore un peu de sa liberté : « C’est maintenant ou jamais ! » s’écrie l’une. « J’ai tellement peur de vieillir » répond l’autre.
La nudité ou la vieillesse ne sont plus des sujets
Mais c’est bien sûr dans le dernier épisode, Wives 3, que le passage du temps devient tragique. Pourtant, les trois amies aujourd’hui quinquas, de nouveau réunies après une fête, essayent toujours d’y croire : « Nous sommes au top de notre existence », revendiquent-elles, nues sous la douche. Et cette scène est l’une des plus fortes de la trilogie : dans chaque film, on les a vues à poil, dans un sauna ou une salle de gym. Leur corps change, mais la caméra les saisit de façon tellement naturelle que la nudité ou la vieillesse ne sont plus des sujets. Ce troisième film est le plus tragique et émouvant. Les flash-back qui utilisent des extraits des épisodes précédents nous font ressentir de façon très cinématographique le temps qui a filé, et teintent de nostalgie la dernière fuite en avant. Malgré les crises et les accidents, Kaja, Heidrun et Mie restent des battantes, Breien les soutient jusqu’au bout. À la question, « vous n’avez pas peur ? », elles répondent, lucides : « Nous essayons de ne pas avoir peur ».
Telerama

